La Chine maintient le cap vers la fission liquide

Lundi 28/10/2013, dans une présentation à la conférence internationale ThEC13 au CERN, Hongjie Xu de l’Institut de Physique Appliquée de Shanghai (SINAP) a confirmé que la Chine poursuit son programme de recherche et développement de réacteurs nucléaires à sels fondus utilisant le thorium comme combustible.

 

Comme annoncé sur ce blog l’année dernière, le programme chinois regroupe 400 personnes. Avec un age moyen de 31 ans, ce groupe représente un investissement long-terme dans le futur de l’industrie nucléaire chinoise. Le budget est actuellement de 400 millions de dollars, mais Monsieur Xu a déclaré à la conférence qu’il va bientôt demander au gouvernement chinois d’allouer un budget supplémentaire de 2 milliards de dollars pour les prochaines phases du programme.

Un projet est un rêve avec un budget et un planning. Voici le planning chinois (traduit en français) :

Planning Chine TMSRDeux technologies sont en développement : la première à base de combustible solide TRISO dans des réacteurs à lit de boulets, et la deuxième avec des combustibles liquides aux sels fondus. Mais le programme chinois ne s’arrête pas aux réacteurs pour produire de l’électricité. Il couvre aussi :

 

  • La conversion de l’énergie nucléaire en combustibles liquides tel que le méthanol.
  • La production d’hydrogène nucléaire.
  • L’extraction des gaz de schiste / sables bitumineux et la conversion en gaz / pétrole.
  • Le refroidissement des réacteurs sans eau (qui est une ressource de plus en plus rare en Chine).
  • L’étude de réacteurs à sels fondus petits et modulaires, pour une production en masse moins chère et plus fiable.

La présentation de Hongjie Xu est disponible ici. A quand un programme européen pour concurrencer ce programme chinois visionnaire ?

Photo : John Laurie

Accord Areva – Solvay pour valoriser le thorium

Mardi 29 octobre 2013, à la conférence ThEC13 au CERN à Genève, Areva et Solvay ont annoncé un nouvel accord pour réunir leur savoir-faire et ajouter de la valeur à tout le cycle de vie du thorium.

Annonce Accord Areva Solvay Thorium

Thierry Delloye (à gauche) et Luc Van Den Durpel annoncent l’accord Areva – Solvay à la conférence ThEC13, dans le globe de la science et de l’innovation au CERN

 

Ce programme collaboratif a pour objectifs:

  • De résoudre les questions sur les résidus de thorium issus de la filière d’exploitation des terres rares dans le passé et aujourd’hui.
  • De fournir une argumentation industriellement robuste pour la valorisation du thorium pour la production d’énergie nucléaire, dans le moyen terme.
  • De fournir des options de meilleur niveau pour la gestion des stocks de thorium, en attendant cette valorisation dans le moyen terme.

Un programme de recherche et développement sera mis en place avec des partenaires internationaux, axé sur une première phase de développement de combustible avec irradiation à l’horizon 2020.

Dans la présentation à la conférence, que vous trouverez sur YouTube ici, avec les diapositives en format .pdf ici, Luc Van Den Durpel d’Areva a toutefois signalé qu’il faut « démystifier » l’histoire du cycle de combustible au thorium, et que la transition vers l’exploitation de cet élément prendra du temps (« >100 ans » selon la page 6, ou « au moins des décennies » selon la page 24).

La stratégie est axée sur l’exploitation du thorium dans les combustibles solides, mais Areva reconnait la possibilité d’utiliser le thorium « à plus long terme » dans les systèmes de génération 4 (voire plus), par exemple MSR (Molten Salt Reactor), ADS (Accelerator Driven System), LFTR (Liquid Fluoride Thorium Reactor).

Solvay - Areva

Un point très positif de cet accord est la possibilité pour ces deux géants industriels d’exploiter dans le futur les synergies offertes par un positionnement de la fission nucléaire à l’interface entre la physique et la chimie.

Photo : John Laurie

En Allemagne, un réacteur nucléaire disparait

Les inventeurs du « réacteur à deux fluides » sont encore sous le choc.

Une équipe à l’Institut de Berlin de physique nucléaire (IFK) a développé une nouvelle variante dans la famille grandissante des réacteurs à sels fondus, avec un coeur qui combine un combustible liquide composé de sels fluorés avec un refroidissement au plomb. Ce concept, comme d’autres systèmes d’énergie nucléaire à combustible liquide, promet des bénéfices environnementaux considérables comme la réduction du volume et de la radiotoxicité des déchets, une utilisation durable des ressources, un rendement énergétique amélioré et une sécurité intrinsèque.  Il porte le nom anglais « Dual-Fluid Reactor (DFR) et a été présenté à la conférence de l’Agence International de l’Energie Atomique (IAEA) sur les réacteurs rapides et cycles de combustibles associés à Paris du 4 au 7 mars 2013, sous la forme d’une vidéo Youtube :

Fort de ce succès, le 31 mars 2013 les berlinois ont soumis leur proposition, en conformité avec les règles de participation, pour les « GreenTec Awards« , la plus grande compétition environnementale d’Europe.

Green Tech Awards

Les règles de la compétition étaient claires : dans chaque catégorie, deux nominés pour la finale étaient choisis par un jury, et un troisième par un vote du public en ligne. Le réacteur à deux fluides faisait partie de la catégorie « Prix de connaissances Galileo »

 

Le concept de réacteur berlinois a remporté de loin le vote en ligne pour sa catégorie le 10 mai, et le jury, composé d’environ 50 membres, s’est réuni le 4 juin afin de déterminer les gagnants de chaque catégorie parmi les nominés.

Le 7 juin l’équipe de l’IFK a été informée par courriel que leur entrée avait été exclue de la compétition et que l’équipe ne figurait plus sur la liste des candidats. Cette décision :

« …est basée sur une discussion scientifique détaillée et un examen en profondeur des aspects scientifiques, sociaux et de communication de votre proposition à la lumière des objectifs des prix. »

Au même moment, les règles de la compétition ont été modifiées pour ajouter la phrase suivante :

« La sélection finale des nominés et des gagnants se fera de manière indépendante par le Jury des Prix GreenTec. Sa décision est définitive. »

Evidemment, les réactions dans les blogs allemands et dans les médias sociaux ont été vives, non seulement les personnes qui ont soutenu ou voté pour ce concept, mais également ceux qui pensent que changer les règles en cours de route n’est pas très démocratique.

En Allemagne l’idéologie serait-elle plus importante que la technologie ?

Article inspiré par celui de Rainer Klute.

Les Etats-Unis et la Chine s’associent pour étudier les réacteurs à sels fondus au thorium

Le département de l’énergie des Etats-Unis (DOE) s’est associé avec l’académie des sciences de la Chine (CAS), pour établir un mémorandum d’accord CAS et DOE sur la coopération dans l’énergie nucléaire, selon un article smartplanet de Mark Halper.

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Les noms, les visages et la structure de la collaboration nucléaire entre le département de l’énergie des Etats-Unis et l’académie des sciences de la Chine

 

Il s’agit en particulier de travailler sur les réacteurs à sels fondus au thorium, ce qui laisse suggérer que les Etats-Unis reconnaissent un rôle potentiel pour le thorium en tant que source d’énergie du futur.