Venez pour le thorium, restez pour le réacteur

« Le mieux est l’ennemi du bien. »

Dans sa présentation à la quatrième conférence du « Thorium Energy Alliance » à Chicago en juin 2012, Dr. David Leblanc nous explique qu’il y a moult façons différentes de concevoir un réacteur nucléaire à sels fondus (RSF).

Le fichier .pdf de cette présentation est ici.

Il est important de comprendre que les RSF sont une famille de réacteurs. Sous certains aspects, tous les réacteurs de cette famille sont égaux :

  • Ils utilisent un combustible liquide
  • Ils fonctionnent à pression atmosphérique
  • Ils peuvent fournir une énergie moins chère que les combustible fossiles
  • Ils fonctionnent à haute température, permettant un meilleur rendement dans la génération d’électricité
  • Ils génèrent des déchets qui ont une radioactivité signifiante pendant quelques centaines d’années seulement
  • Ils ont un niveau de sécurité largement supérieur aux réacteurs actuels de génération 2 et 3, refroidis à l’eau sous pression

… mais sous d’autres aspects, certains RSF sont plus égaux que d’autres. Et là, tout dépend des objectifs que l’on se donne.

Alors que la communauté scientifique se concentre sur la conception du meilleur RSF possible, pour optimiser des facteurs tels que prix de l’énergie et consommation de combustible (et c’est très bien!), David Leblanc cherche à identifier le RSF avec la conception la plus simple possible, pour réduire les barrières d’entrée à cette technologie et permettre son rapide déploiement.

Le thorium, avec une abondance dans la croute terrestre trois à quatre fois plus importante que l’uranium, représente certes le combustible optimal. Et un réacteur surgénérateur comme LFTR (USA) ou MSFR (France) représente certes la machine optimale pour exploiter son énergie. Mais l’uranium n’est pas l’ennemi d’un réacteur à sels fondus, et il existe une variante de RSF appelée DMSR (Denatured Molten Salt Reactor –> Réacteur à Sels Fondus Dénaturés) qui peut fonctionner avec un mélange thorium / uranium, ou bien avec de l’uranium uniquement, qui serait plus simple à déployer et auquel David Leblanc s’intéresse particulièrement.

Le concept du DMSR a été proposé par le Laboratoire National d’Oak Ridge (ORNL) en 1980. David Leblanc travaille sur une amélioration de ce concept qui aurait les caractéristiques suivantes :

  • Environ 100m^3 de sel
  • Fonctionnement pendant 10 à 15 ans sans retraitement du sel
  • Utilisation annuelle d’environ 35 tonnes d’uranium par GWye (soit 17% des besoins d’un réacteur à eau pressurisée)
  • Démarrage avec seulement 3,5 tonnes par GWe d’uranium 235 fissile (en format faiblement enrichi)
  • Très grande résistance à la prolifération nucléaire
  • La moitié des produits de fission est collectée sous forme gazeuse
  • Pertes de neutrons limitées à 5% (REP : 22%, CANDU : 12%)

Une application de cette technologie pourrait être l’extraction de pétrole des sables bitumineux au Canada, avec l’utilisation de la chaleur nucléaire pour générer la vapeur nécessaire à l’extraction « in situ » avec la technologie SAGD (Drainage Gravité Assisté par Vapeur).

Dans un réacteur surgénérateur, un retraitement régulier du sel est nécessaire pour éviter les pertes de neutrons dues à l’empoisonnement par les produits de fission. Mais c’est ce retraitement qui présente un des plus grands défis techniques, et donc une dépense importante en coûts de recherche et développement pour éprouver la technologie. Le DMSR pourrait permettre de bénéficier plus rapidement des avantages des RSF, et de développer en parallèle les concepts optimums surgénérateurs.

Les réacteurs à sels fondus sont connus pour leur association avec le thorium, mais le plus important serait de commencer dès que possible à bénéficier de leurs très grands avantages dans la génération d’énergie sans CO2, et d’augmenter notre expérience réelle dans leur conception, construction et opération. Le réacteur est donc plus important que le combustible.

Comme le dit David Leblanc, « Venez pour le thorium, restez pour le réacteur » !

Le programme de développement des réacteurs à sels fondus de la Chine

Ken Chun de l’Académie des Sciences de la Chine a donné une présentation le 6 août 2012 à l’Université de Berkeley en Californie, sur le programme chinois de développement des réacteurs à sels fondus.

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Ken Chun présente le programme chinois pour le développement des réacteurs à sels fondus

 

Une vidéo de cette présentation (en anglais) a été publiée sur YouTube par Gordon McDowell.

En synthèse, la Chine a financé (à hauteur de 350M$) et démarré un programme de 5 ans pour la fabrication de deux réacteurs expérimentaux. Le premier réacteur sera étudié en détail en 2013, fabriqué en 2014 et atteindra la criticité fin 2015. Ce sera un réacteur avec combustible solide, refroidi par sels fondus, avec les caractéristiques suivantes :

  • Puissance : 2MW
  • Combusible « TRISOFUEL » diamètre 6cm
  • Température d’opération : 600°C à 650°C
  • Cylindre de diamètre 1,3m et d’une hauteur de 1,3m
  • Coefficient de réactivité négatif
  • Sel de refroidissement : FLiBe
  • Sel de la boucle intermédiaire : FLiNaK
  • Démarrage avec U235 à 10% d’enrichissement

Le deuxième réacteur, également de 2MW, devra atteindre la criticité en 2017. Il aura un combustible liquide à sels fondus. Le retraitement du combustible n’est pas prévu dans ce réacteur et, à priori, beaucoup de décisions restent à prendre sur sa définition détaillée.

Selon le succès de ces réacteurs, la Chine développera un programme pilote avec un réacteur d’environ 10MW, puis un programme démonstrateur avec un réacteur d’environ 100MW.

Le principal contributeur est le Shanghai Institute of Applied Physics (SINAP), avec environ 300 personnes qui travaillent à plein temps sur ce programme. 100 personnes supplémentaires y travaillent à plein temps à l’éxtérieur de l’institut. Pour l’instant, les plus grands challenges rencontrés sont dans le choix des matériaux pour les réacteurs.

Les Etats-Unis et la Chine s’associent pour étudier les réacteurs à sels fondus au thorium

Le département de l’énergie des Etats-Unis (DOE) s’est associé avec l’académie des sciences de la Chine (CAS), pour établir un mémorandum d’accord CAS et DOE sur la coopération dans l’énergie nucléaire, selon un article smartplanet de Mark Halper.

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Les noms, les visages et la structure de la collaboration nucléaire entre le département de l’énergie des Etats-Unis et l’académie des sciences de la Chine

 

Il s’agit en particulier de travailler sur les réacteurs à sels fondus au thorium, ce qui laisse suggérer que les Etats-Unis reconnaissent un rôle potentiel pour le thorium en tant que source d’énergie du futur.

Thorium Remix 2011

Cette vidéo présente le Réacteur Thorium à Fluorure Liquide (LFTR).

Elle a été produite par Gordon McDowell, avec sous-titres et doublage en français par John Laurie et Mathieu Rouvinez.

Les 5 premières minutes sont une synthèse. Pour la suite, comme c’est extrèmement dense, la consommation en plusieurs séances est recommandée !