Joyeux anniversaire, MSRE !

Cette semaine un atelier au Laboratoire national d’Oak Ridge aux États-Unis a marqué le plus grand et le plus important rassemblement à ce jour des personnes qui travaillent pour donner vie à la technologie des Réacteurs à Sels Fondus (RSF).

Photo : John Kutsch

Photo : John Kutsch

Les objectifs de l’atelier étaient :

  1. Commémorer et saluer le 50e anniversaire de l’année de mise en service du réacteur expérimental à sels fondus (en anglais : molten salt reactor experiment, MSRE), revenir sur les opérations réussies.
  2. Créer un forum pour le partage des informations et de l’état d’avancement de plusieurs initiatives et programmes de R&D liées aux RSF, ainsi que des collaborations internationales qui se sont développées récemment avec l’émergence du regain d’intérêt pour les RSF.

Le réacteur MSRE a fonctionné entre juin 1965 et décembre 1969. Avec un combustible liquide composé de sels de fluorure, il a démontré la faisabilité d’une technologie de fission nucléaire intrinsèquement sûre, qui aurait la possibilité d’être compétitive en coûts avec les combustibles fossiles. Certains membres de ce programme étaient présents à l’atelier, et applaudis pour leur énorme accomplissement.

Un site internet a été créé pour l’atelier, avec l’ordre du jour, les participants, les présentations, photos et vidéos. Un fil Twitter a été alimenté en direct par le compte @MSRAssociation, avec une excellente synthèse et des photos.

Présentations ORNL

Les jeunes entreprises à l’oeuvre sur le développement de cette technologie ont présenté l’avancement de leurs travaux, y compris Flibe Energy, Moltex Energy, Terrestrial Energy, et Thorcon Power.

Steve Kuczynski, le PDG de Southern Nuclear, une des plus grandes entreprises d’exploitation de centrales nucléaires aux Etats-Unis a dit qu’il croyait au profil de sécurité plus sûr et aux coûts de construction moins élevés des réacteurs à sels fondus.

Et il y a plusieurs nouveaux entrants sur la liste des entreprises qui travaillent sur la fission liquide. Jeff Latkowski, directeur de l’innovation chez Terrapower, l’entreprise financé par Bill Gates, a révélé qu’ils travaillent depuis 3 ans sur le développement d’un réacteur rapide à base de sels de chlorure. Terrapower a soumis une demande de financement au Département de l’Énergie des États-Unis pour avancer ce concept. Latkowski s’est dit soulagé de pouvoir enfin en parler en public. L’entreprise d’ingénierie canadienne Hatch a également présenté un nouveau concept sur lequel leurs équipes travaillent.

Il y avait meme une présentation par la commission de réglementation nucléaire des États-Unis, qui est critiquée par la communauté des réacteurs à sels fondus pour sa politique technique actuelle, qui permet uniquement l’exploitation des réacteurs à eau pressurisée sur le sol américain.

Mais c’est en Chine que l’avancement est le plus marqué.

Parmi les présentateurs était Hongjie Xu, directeur à l’Institut de Physique Appliquée de Shanghai (SINAP) du programme TMSR (Thorium Molten Salt Reactor). Xu a présenté une feuille de route qui montre que la Chine a le programme de R&D le plus avancé au monde pour cette technologie. Il a détaillé un plan en plusieurs étapes pour construire des réacteurs de démonstration dans les cinq prochaines années, avec un déploiement commercial autour de 2030. L’Institut prévoit de construire un prototype de réacteur de 10 mégawatts avec un combustible solide, ainsi qu’un réacteur à combustible liquide de 2 mégawatts qui permettra de démontrer le cycle du combustible thorium-uranium, d’ici 2020.

Hongjie Xu à Oak Ridge, le 15 octobre 2015

Hongjie Xu à Oak Ridge, le 15 octobre 2015.

Un site a été retenu pour ces réacteurs à DAFENG (大丰市), à 300km au nord de Shanghai, avec l’accord de la province de Jiangsu et un accord de principe de l’autorité de sécurité nucléaire chinois, le NNSA.

700 ingénieurs nucléaires travaillent sur les réacteurs à sels fondus au SINAP, a dit Xu, un nombre qui dépasse de loin les autres programmes de recherche de réacteurs avancés à travers le monde. La recherche est financée jusqu’en 2017, dit-il; au-delà de cette date l’Institut est à la recherche de nouveaux fonds du gouvernement central, du gouvernement de Shanghai, et du secteur privé. SINAP a signé récemment un accord avec le groupe Fangda, un conglomérat chinois de grande envergure qui fabrique des produits de carbone, fer et acier, et des produits chimiques, pour aider à développer les liquides de refroidissement à sels fondus pour les réacteurs.

« Je suis très confiant » que SINAP sera en mesure de porter son programme de réacteurs à sels fondus jusqu’à la commercialisation, dit Xu. « Parce que, en général, le gouvernement chinois a l’intention de soutenir le développement des futures technologies pour l’énergie nucléaire. Et le marché chinois est très grand pour ces technologies ».

Cet atelier a été jugé tellement utile par les participants qu’il pourrait devenir un événement annuel à Oak Ridge. Vivement les 51 ans du MSRE !

Voir aussi :

  • Photos historiques du réacteur expérimental à sels fondus
  • Brochure sur le réacteur experimental à sels fondus
  • Article ORNL sur l’atelier d’anniversaire de 50 ans du réacteur MSRE

Certains textes de cet article ont été traduits de celui de Richard Martin, publié sur le site internet du MIT Technology Review.

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Un nouveau rapport sur la fission liquide

Au Royaume-Uni, la société Energy Process Developments a publié un rapport avec le titre « Faisabilité de développement d’un réacteur à sels fondus prototype au Royaume-Uni« .

EPD

EPD a été créée en 2014 suite à l’annonce d’un financement de £100 000 du Technology Strategy Board, organisme stratégique du gouvernement britannique en matière d’innovation. Leur étude a été suivie par les universités d’Oxford et Cambridge, avec comme objectifs de :

  • Faire un examen complet de la technologie des réacteurs à sels fondus (RSF)
  • Identifier les développements récents dans ce domaine
  • Comparer les technologies offertes par 6 entreprises
  • Proposer la technologie la plus adaptée pour le développement d’un prototype de réacteur au Royaume-Uni

Technologies étudiées

Le rapport, publié en août 2015, est un document de 75 pages en anglais, disponible en format .pdf par simple clic sur ce lien. Chaque chapitre se termine par quelques lignes de synthèse, traduites en français ci-dessous :

Résumé

Les auteurs de ce rapport recommandent à tous les intéressés qu’ils devraient faire d’urgence les investissements nécessaires, ainsi qu’un engagement pour procéder avec un programme de réacteur à sels fondus, y compris un prototype de démonstration tel qu’identifié par cette étude.

1. Opportunités & aperçu de l’industrie

  • Le Royaume-Uni a un budget de R&D nucléaire inexistant par rapport aux autres grands pays.
  • Il existe une opportunité pour le Royaume-Uni d’avoir une part de £240 milliards dans un marché international du nucléaire de £1000 milliards d’ici 2030. Des RSF à combustible liquide peuvent être développés au Royaume-Uni pour alimenter ce marché.
  • Les RSF peuvent avoir le potentiel d’être plus économiques et sont plus sûrs que les technologies d’aujourd’hui. Les RSF peuvent traiter les stocks de déchets et de plutonium.
  • La prospérité, la consommation d’énergie, le gaz à effet de serre et la croissance démographique sont apparemment tous liés. Avec une source d’énergie propre et pas chère, ils peuvent tous être stabilisés.
  • Une action immédiate du gouvernement britannique peut lancer la technologie des RSF.

2. Concepts de RSF évalués par cette étude

  • La recherche et le développement mondiaux des RSF sont actuellement dirigés par la Chine. Ailleurs, de petites start-ups avec des nouveaux concepts innovateurs sont prometteuses.
  • Six propositions sont examinées pour leur aptitude en tant que prototype de démonstration au Royaume-Uni. Toutes sont considérées comme des propositions valables à ce stade de la conception.
  • Le réacteur à sels stables de Moltex Energy apporte simplicité et avantages pour le Royaume-Uni en particulier.

3. Contexte historique

  • Le réacteur à eau pressurisée a été développé pour le programme de la défense et a été repris pour la production d’électricité.
  • Le RSF en tant que concept a été démontré avec succès dans les années 1960. Il ne répondait pas aux exigences de la défense et a été arrêté.

4. Une introduction à la technologie des RSF à combustible liquide

  • L’énergie nucléaire a une densité énergétique beaucoup plus élevée que d’autres sources.
  • Le combustible des RSF est dissous dans un sel liquide, ce qui apporte de nombreux avantages.
  • Ils opèrent dans un spectre rapide ou thermique, avec un grand choix de cycles de combustible.

5. Avantages des RSF

  • Les RSF peuvent être conçus avec une sécurité passive complète et aucune possibilité pour une dispersion généralisée de substances radioactives.
  • Ils ont un taux élevé d’utilisation de combustible et produisent peu de déchets à vie longue.
  • Les coûts d’une installation peuvent être comparables aux combustibles fossiles.
  • Les RSF offrent plus d’avantages que les autres technologies existantes ou avancées.

6. Défis des RSF

  • La technologie des RSF n’a jamais été disponible dans le commerce.
  • L’approbation réglementaire sera un processus long et coûteux.
  • L’expérimentation sera nécessaire pour certains nouveaux concepts et applications de matériaux.
  • L’obtention de financement est difficile en raison du long engagement requis et le risque élevé de mettre en œuvre une technologie de rupture dans un environnement très réglementé.

7. Réglementation nucléaire

  • Aucune expérience n’existe pour l’homologation d’un prototype de réacteur ou d’un nouveau site.
  • La charge réglementaire pour une technologie innovante est de la responsabilité du vendeur.
  • La véritable innovation est sévèrement limitée par le processus actuel.

8. Sélection du site

  • Le Royaume-Uni n’a pas d’installations pour la démonstration de nouvelles technologies de réacteurs.
  • Le processus de développement et le calendrier seront grandement simplifiés si un site avec une licence existante peut être utilisé.
  • Des RSF qui brûlent du plutonium pourraient être bénéfiques pour l’Autorité Britannique de Démantèlement Nucléaire (NDA) qui possède certains sites appropriés.

Bien que des avantages sont trouvés dans l’ensemble des modèles de réacteurs étudiés, le rapport conclut que le Réacteur à Sels Stables, la conception proposée par Moltex Energy, est la meilleure option à poursuivre. Le Réacteur à Sels Stables est un réacteur à spectre rapide de type piscine, mais sa caractéristique unique par rapport aux autres conceptions est que le combustible est statique. Pour la plupart des réacteurs à sels fondus, le liquide hautement radioactif est pompé activement à travers un échangeur de chaleur tandis que dans la conception de Moltex Energy les sels fondus radioactifs (composés de combustible nucléaire usé mélangé avec du chlorure de sodium pour réduire son point de fusion) sont contenus dans des tubes métalliques, semblables aux crayons de combustible dans les réacteurs traditionnels. Le flux de sels fondus dans les tubes est créé entièrement par convection naturelle, sans pièces mobiles, éliminant la possibilité de défaillance des pompes. Le bassin de liquide de refroidissement contient un autre type de sels fondus ce qui donne au réacteur une sécurité intrinsèque car toute fuite de combustible radioactif est mélangée et diluée dans ce grand bain.

Réacteur à Sels Stables Moltex
Contrairement à tous les autres modèles de réacteurs à sels fondus, cette conception n’est pas un dérivé du réacteur expérimental à sels fondus développé au laboratoire national d’Oak Ridge (où les RSF ont été initialement développés dans les années 1960), mais plutôt une vraie conception du 21e siècle. Avec toute une série d’autres avantages, le Réacteur à Sels Stables est conçu de telle sorte que tous les composants peuvent être construits dans des segments et assemblés sur le site d’une centrale. Cette conception modulaire est beaucoup plus simple et moins chère que les réacteurs d’aujourd’hui, ce qui permet d’envisager un déploiement d’autant plus avantageux.

Le rapport conclut que ce réacteur conçu au Royaume-Uni, « en raison de sa relative simplicité et des obstacles techniques relativement faibles et peu nombreux, est la configuration la plus appropriée pour un développement immédiat à l’échelle prototype au Royaume-Uni ».

Une partie du texte de cet article provient de celui publié sur le site du Alvin Weinberg Foundation par Suzanna Hinson.

L’opportunité du siècle ?

 « Je détermine ce dont le monde a besoin, puis je cherche à l’inventer. »

– Thomas Edison

En 2015 le monde a besoin, plus que jamais, d’une source d’énergie qui est fiable, sûre, durable, propre et bon marché.

« Notre avenir énergétique est défini par une montagne. Cette montagne se crée et se construit devant nous, et va être construite sur les deux prochaines décennies, pour la prochaine génération.

[Cet avenir] est basé sur une demande croissante d’énergie primaire dans les économies non-OCDE. Cette demande d’énergie est construite par six milliards de personnes, qui désirent le mode de vie de la classe moyenne que nous avons aujourd’hui en Occident.

Si l’économie mondiale va fournir cette énergie pour répondre à ce désir, il faut énormément d’énergie propre. »

– Simon Irish, PDG de Terrestrial Energy

Terrestrial Energy est une entreprise privée canadienne avec plus de 30 personnes, qui cherche activement à inventer ce dont le monde a besoin, à travers la technologie des réacteurs nucléaires à sels fondus. Dans une présentation en avril 2015 son PDG Simon Irish a expliqué, du point de vue d’un financier, l’énorme opportunité économique offerte par cette technologie.

(vidéo sous-titrée en français, transcription ici)

« La fourniture d’énergie mondiale est probablement 5% du produit mondial brut, $3,500,000,000,000 par an.

La valeur des fonds propres des compagnies d’énergie d’aujourd’hui est de $5,000,000,000,000, qui est 7,6% de la capitalisation boursière du monde. La valeur d’entreprise de ces sociétés est encore plus. Il y a de gros enjeux au cours des deux prochaines décennies dans cette zone. »

« Si on pouvait conquérir [le marché de remplacement des centrales à charbon] d’une manière incontestée avec un petit réacteur modulaire, compétitif par rapport aux alternatives aux combustibles fossiles, ce serait une opportunité très, très importante. »

Le produit en développement chez Terrestrial Energy est nommé « Réacteur Intégral à Sels Fondus«  (en anglais: Integral Molten Salt Reactor, IMSR). C’est un petit réacteur modulaire qui a l’objectif d’être le plus simple et le moins cher possible, pour démocratiser l’énergie auprès d’une population la plus large possible, et ainsi lutter contre le réchauffement climatique et accroître la prospérité de l’humanité.

Illustration IMSR

L’opportunité économique que représente cette technologie est décrite en plus de détail sur le site internet de Terrestrial Energy. En mai 2015 il était indiqué sur ce site que « L’IMSR peut produire de l’énergie à un coût moyen actualisé de $0,04 / kWh », une phrase retirée depuis mais qui représente certainement l’ambition de l’entreprise.

Imaginons pour un instant un monde où l’électricité propre coûte $0,04 / kWh…

L’IMSR se décline en 3 tailles, pour conquérir différents segments du marché de l’énergie.

IMSR 80 300 600

  • L’IMSR80 génère 80 mégawatts de chaleur, ou 33 mégawatts d’électricité
  • L’IMSR300 génère 300 mégawatts de chaleur, ou 141 mégawatts d’électricité
  • L’IMSR600 génère 600 mégawatts de chaleur, ou 291 mégawatts d’électricité

La taille relativement petite de ces réacteurs permettrait de les construire en usine et les livrer préfabriqués sur le site d’une centrale nucléaire, en contraste avec les grands réacteurs proposés par l’industrie nucléaire traditionnelle, tel que l’EPR d’Areva (maintenant EDF…) avec ses 4500 mégawatts de chaleur et 1650 mégawatts électriques.

Mais les économies d’échelle offertes par une production en série des réacteurs sont éclipsées par l’opportunité présentée par le changement d’un combustible nucléaire solide à un combustible LIQUIDE. Dissoudre l’uranium ou le thorium dans un mélange de sels fondus permet de concevoir un système d’énergie qui fonctionne à pression atmosphérique, avec des substances qui sont chimiquement très stables. En effet, la chimie des sels fondus offre une première barrière de confinement efficace pour les produits de la réaction de fission. Et cette sécurité intrinsèque permet de concevoir un système bien moins cher.

Le coût de l’électricité nucléaire est largement dominé par le capital nécessaire à la construction d’une centrale. A l’opposé d’une centrale thermique, le combustible nucléaire représente une petite fraction du coût global de l’énergie produite. Et il y a une relation directe entre l’investissement de capital nécessaire pour construire un système d’énergie nucléaire et le profil de sécurité intrinsèque du système de réacteur.

CAPEX = ƒ (profil de sécurité intrinsèque du système de réacteur)

Un aspect intéressant de Terrestrial est une volonté de communiquer assez ouvertement sur leur technologie. L’entreprise utilise les médias sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn) et a écrit un article Wikipedia sur l’IMSR. Cet article est désormais traduit en français, sur Wikipédia.fr

Wiki IMSR

David Leblanc, président et directeur technique de Terrestrial Energy a parlé du développement de l’IMSR à la conférence TEAC7 sur l’énergie du thorium, en juin 2015 (voir cette video). Il présentera un nouvel aperçu au symposium de la World Nuclear Association, le 10 septembre 2015 à Londres.

En tant qu’entreprise privée, Terrestrial Energy ne communique pas sur le niveau d’investissement qu’ils ont obtenu. Mais regardons une sélection des personnes qu’ils ont nommées au sein de leur conseil d’administration, équipe de management et conseil consultatif international (cliquez sur les images pour plus d’information) :

Bodner Edwards Engel Hill Johnson MacDiarmid Merrifield Reinsch Rickman Whitman

Certaines de ces personnes ont occupé des postes aux plus haut niveaux des administrations, institutions et entreprises de l’Amérique du nord. Clairement, ils sont convaincus de la nécessité de poursuivre cette technologie activement. Les réacteurs à sels fondus de Terrestrial Energy et d’autres jeunes entreprises pourraient bien représenter l’opportunité du 21ème siècle.

Conférence à l’école des mines

L’association Intermines des anciens de l’école des mines organise, mardi 23 juin 2015, une conférence-débat sur les « Réacteurs nucléaires à sels fondus de thorium« ,

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…pour faire le point sur :

  • les particularités, les avantages et inconvénients des combustibles liquides et du cycle thorium
  • les avancées récentes concernant le MSFR (Molten Salt Fast Reactor) et la convergence avec les réacteurs de 4e génération
  • les besoins en R&D
  • les projets en cours en France et à l’international

Avec des interventions de Daniel HEUER, Directeur de recherche au CNRS affecté au LPSC (Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie) de Grenoble, spécialiste des réacteurs à combustibles liquides et de la filière thorium, et d’Alain GERBER, Ingénieur ECAM Lyon qui travaille depuis 1998 dans l’ingénierie nucléaire AREVA, essentiellement dans la 4e génération : SFR, VHTR et sur MSFR (Molten Salt Fast Reactor), cette conférence-débat de 2 heures commencera à 18h30, dans un amphithéâtre de l’école des Mines de Paris, 60 boulevard Saint Michel, 75006 Paris

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Elle est gratuite pour les cotisants de l’association et les étudiants, et au tarif de 15€ pour les non-cotisants et les extérieurs. Inscrivez-vous en ligne, ici !

Merci Dr. Kloosterman

Grand succès pour le symposium organisé à TU Delft hier par le professeur Jan Leen Kloosterman sur le thorium dans les réacteurs à sels fondus.

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Jan Leen Kloosterman ouvre le symposium à Delft avec une présentation sur le thorium dans les réacteurs à sels fondus

La participation a dépassé toutes les attentes avec 365 personnes. Il a été nécessaire de changer de salle et prendre le grand auditorium du centre de conférences Aula de l’université technique de Delft.

365 personnes ont assisté au symposium

365 personnes ont assisté au symposium

Le symposium a été l’occasion d’annoncer un nouveau programme de recherche européen – SAMOFAR (Acronym anglais : Safety Assessment of a MOlten salt FAst Reactor – évaluation de la sécurité d’un réacteur rapide à sels fondus). La commission européenne a alloué plus de 3 millions d’euros à ce programme qui démarre en août 2015 avec une durée de 4 ans.

SAMOFAR

Des fonds européens pour la recherche sur les réacteurs à sels fondus – très bonne nouvelle !

L’objectif de SAMOFAR est de prouver les concepts innovants de sécurité de la MSFR par des techniques expérimentales et numériques de pointe, de livrer une percée dans la sûreté nucléaire et la gestion optimale des déchets, et de créer un consortium d’intervenants. Le consortium SAMOFAR se compose de 11 participants. Les partenaires scientifiques sont TU-Delft, CNRS, CCR-ITU, CERTAINS, PSI et CINVESTAV. Les partenaires industriels sont Areva, CEA, EDF, KIT et l’IRSN. TU Delft dirige le programme SAMOFAR, et Jan Leen Kloosterman a été au coeur des efforts d’obtention des fonds européens. Merci Dr Kloosterman pour tous ces efforts, pour votre accueil chaleureux à Delft, et pour ce magnifique symposium qui était une étape importante dans la construction de la communauté internationale de la fission liquide.

Symposium à Delft

Les organisations suivantes seront présentes à un symposium organisé par l’Université Technique de Delft au Pays Bas le 17 avril 2015.

TU Delft

Avec le titre « Le Thorium dans les Réacteurs à Sels Fondus« , ce symposium regroupe des experts internationaux dans le domaine des combustibles nucléaires liquides. L’enregistrement est ouvert jusqu’au 2 avril.

 

Le partenariat nucléaire franco – britannique

Dans la banlieue verdoyante de Londres, à côté du célèbre jardin botanique royal de Kew, se trouve un bâtiment qui abrite les archives nationales britanniques.

archives kew

Et dans ce bâtiment il y a un document remarquable.

Programme français RSF

Cliquez sur l’image pour voir le document complet (.pdf)

Déclassifié en janvier 2006, c’est un rapport sur la visite, le 15 mai 1973, au site CEA de Fontenay-aux-roses de deux scientifiques britanniques de l’Autorité britannique de l’énergie atomique (UKAEA). Dans le premier paragraphe de l’introduction, on découvre que :

« Des discussions ont lieu entre les parties intéressées concernant la possibilité de mettre en place des accords de collaboration en Europe pour poursuivre le développement d’un réacteur à combustible aux sels fondus. »

En effet, à cette époque le UKAEA développait un réacteur baptisé « Molten Salt Fast Reactor » (MSFR).

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Le réacteur MSFR britannique

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Coupe pour illustrer le coeur et les échangeurs de chaleur intermédiaires

Selon un article publié par l’Alvin Weinberg Foundation, les britanniques ont décidé qu’il y aurait peu à gagner de reproduire le travail des américains à ORNL, donc ils ont choisi de se concentrer sur un concept de réacteur à neutrons rapides de 2,5GWe refroidi au plomb, en utilisant des sels de chlorure, par opposition au réacteur MSBR à spectre thermique d’ORNL qui employait des sels de fluorure.

Ce travail, qui semble avoir reçu un financement conséquent du gouvernement britannique, était très intéressant pour l’équipe du CEA qui travaillait également à cette époque sur les réacteurs à sels fondus. Selon le rapport, le CEA sous la direction d’un chimiste (M. Faujeras) et d’un physicien (M. Lecocq),

« commence maintenant une expansion considérable de leurs études d’évaluation (jusqu’à 12 effectifs à temps plein) et a établi une collaboration étroite avec Pechiney-Ugine Kuhlmann (PUK). (…) Un intérêt industriel de ce type ajoute une nouvelle dimension à la réflexion sur les perspectives des systèmes à sels fondus et PUK montre à la fois de l’enthousiasme et des idées avancées concernant la conception. »

En 1973, PUK était le premier groupe industriel privé français. Présent dans l’aluminium, la chimie, le cuivre, le combustible nucléaire et les aciers spéciaux, le groupe avait des compétences idéales pour participer à un projet industriel de réacteur à sels fondus. Très exposé au coût de l’énergie, les chocs pétroliers ont signalé dès 1974 le début de son déclin.

La transcription en anglais

 

A la fin du rapport, dont vous trouverez ici la transcription en anglais, (version traduite en français, à venir), on sent la concurrence importante des réacteurs à combustible solide :

 

Nous avons convenu qu’avec un engagement lourd de ressources aux programmes de RNR, la voie la plus prometteuse pour le développement des RSF était par la collaboration internationale. (…)

En collaboration européenne, les français ont suggéré qu’un accord Royaume-Uni / France, fondé sur notre intérêt actif mutuel, et des structures comparables dans le CEA / AEA , EDF / CEGB et dans l’industrie, pourrait former le noyau d’autres accords (…)

C’est la décision des américains de poursuivre les surgénérateurs à combustible solide, et d’arrêter les recherches sur les combustibles liquides à Oak Ridge, qui a également signalé l’arrêt des programmes au Royaume-Uni et en France.

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Cette semaine, une nouvelle page va s’écrire dans l’histoire de la fission nucléaire, avec la convention SFEN sur le partenariat franco – britannique pour un futur bas-carbone.

Cliquez pour le site SFEN de la convention

Cliquez pour le site SFEN de la convention

Cet état major des industries nucléaires françaises et britanniques aura lieu à la maison de la chimie, le 5 mars 2015. On parlera de la COP 21, de Hinkley point, de la stratégie d’Areva et du nucléaire de demain.

Mais parlera-t-on dans les coulisses du potentiel énorme des combustibles nucléaires LIQUIDES ? Pourrait-on par exemple imaginer la reprise britannique d’un développement du concept français de MSFR, ou une collaboration entre la start-up britannique Moltex Energy et le géant français Areva ?

Areva - Moltex

Dans toute entente cordiale entre la France et le Royaume-Uni sur le futur du nucléaire, les systèmes à combustible liquide peuvent jouer un rôle important. Plus que jamais, c’est le moment de remettre en cause les effets de mode et d’évaluer chaque technologie sur ses mérites, et sur son potentiel de produire une énergie décarbonée moins chère.