Réacteur nucléaire rapide à sels fondus

Les réacteurs nucléaires rapides à sels fondus se distinguent des autres réacteurs à neutrons rapides par l’état liquide de leur combustible. Cette particularité leur confère des caractéristiques de sûreté élevées et une grande souplesse d’emploi.

Le sel fondu, un mélange de sels fluorés dans lequel sont dissoutes les matières nucléaires fertiles et fissiles, est à la fois le combustible nucléaire et le caloporteur de l’ensemble. Il parcourt en quelques secondes un circuit étanche comportant une cuve sans modérateur, où le combustible est à l’état critique et s’échauffe, un échangeur thermique où le combustible cède sa chaleur à un fluide caloporteur et une pompe qui assure la circulation du sel.

Réacteur Nucléaire Rapide à Sels Fondus

Dans ce type de réacteur nucléaire, la composition du combustible est uniforme et sans modérateur autre que les composantes du sel fondu. On parle alors de réacteur homogène. En 1958 le réacteur expérimental à eau HRE-2 a fonctionné à Oak Ridge, aux Etats-Unis. Avec une puissance de 5MWth, il a permis de montrer qu’un réacteur homogène était auto stable et ne nécessitait pas de barres de contrôle ni de réserve de réactivité comme pour les réacteurs à combustible solide. Le handicap de ces premier réacteurs était l’emploi de l’eau comme solvant des matières fissiles ce qui impliquait une pressurisation, comme pour les réacteurs actuels. Par la suite, toujours au Laboratoire National d’Oak Ridge (ORNL), un réacteur expérimental à neutrons thermiques de 8 MWth (MSRE) a fonctionné pendant 4 ans (1966/69) sans incident. Il utilisait un sel fondu formé d’un mélange de fluorures pouvant être utilisé à haute température sans pressurisation.

MSRE cellule chaude

Le réacteur expérimental MSRE (1966-1969) : une expérience réussie

 

L’utilisation d’un spectre neutronique thermique, prévu dans le projet MSBR, aurait eu pour handicap la nécessité d’un traitement chimique intensif du sel qui ne compensait pas l’avantage d’un inventaire réduit en uranium fissile. Récemment, une analyse large, avec les moyens modernes de simulation numérique, a abouti au concept optimisé de réacteur nucléaire rapide à sels fondus. Au prix d’un inventaire plus important, il présente de meilleures propriétés de sûreté, ne demande qu’un retraitement très limité des sels et permet l’utilisation des différents noyaux fissiles disponibles.

Comme les autres réacteurs à neutrons rapides, il peut donc utiliser le plutonium issu des réacteurs actuels comme matière fissile. Cependant, il est pénalisant d’utiliser le cycle U-Pu dans un réacteur à sel fondu et il vaut mieux employer du thorium comme matière fertile. L’avantage potentiel de l’emploi d’un combustible liquide est de n’avoir aucune difficulté à utiliser des matières fissiles variées, comme les actinides mineurs ou des mélanges de composition variable au cours du temps. En outre ce type de réacteur a des coefficients de contre réaction thermique et de vide très négatifs, ce qui lui procure un avantage décisif de sûreté.

En 2008, ce réacteur a été sélectionné par le forum international Generation IV (GIF), sous l’acronyme anglais de MSFR pour « Molten Salt Fast Reactor ». Il est donc un des six concepts satisfaisant aux 4 critères de la 4ème génération de réacteurs nucléaires. Ces 4 critères, définis en 2002, sont :

  • Sûreté et fiabilité
  • Durabilité (économie de ressources)
  • Résistance à la prolifération et protection physique.
  • Compétitivité

Si le critère de compétitivité ne peut être testé qu’après avoir construit un premier réacteur de taille industrielle, les autres peuvent être analysés a priori sur la base des principes de fonctionnement.

La sûreté est le point fort de ce concept en comparaison aux réacteurs à combustible solide, pour trois raisons principales.

  1. L’absence de réserve de réactivité du fait de la possibilité d’ajuster en continu la composition du combustible liquide sans arrêter le réacteur. Il n’y a donc pas besoin des dispositifs de contrôle qui ajustent la réactivité du cœur du réacteur entre deux rechargements.
  2. L’auto stabilité du réacteur, lorsque la demande thermique change, grâce à un fort coefficient de dilatation du sel liquide comparé à celui des combustibles solides.
  3. Le coefficient de contre réaction de vide est négatif. Ceci signifie que la vidange du cœur arrête rapidement les fissions induites. C’est d’ailleurs le moyen sûr d’arrêter le réacteur aussi bien en situation de routine que d’urgence. Comme le combustible est liquide la vidange du cœur peut se faire passivement par simple gravité après ouverture de vannes faisant communiquer le circuit du combustible avec des réservoirs à géométrie sous critique situés sous le réacteur. Dans la mesure où ces réservoirs sous critiques sont refroidis passivement pour évacuer l’importante chaleur résiduelle du combustible, le système peut être abandonné pour de longues durées sans danger de relâchement de radioactivité.

La durabilité est assurée pour deux raisons.

  1. Le MSFR utilise un cycle fermé et il est capable de consommer tous les éléments fissiles, c’est-à-dire d’incinérer aussi bien ses propres transuraniens que ceux produits dans les réacteurs à eau actuellement en service.
  2. Bien que l’emploi du thorium comme élément fertile a pour inconvénient de ne pas utiliser le stock actuel d’Uranium appauvri, le thorium est plus abondant dans la nature que l’uranium et rien que pour la France, le stock actuel de 8 500 t de thorium permettrait avec des MSFR de fournir toute l’électricité consommée en France pendant plus d’un siècle.

La résistance à la prolifération du cycle Th – 233U est reconnue du fait d’une production d’232U au même temps que celle de l’233U. Cet 232U a une décroissance radioactive conduisant à l’émission de rayons gamma très énergétiques (1,6 et 2,6 MeV lors des transitions 212Bi/212Po/208Pb). De tels rayonnements rendent la diversion d’uranium aisément traçable et sa manipulation directe rapidement létale. La contrepartie de cette difficulté de détournement est la nécessité absolue de télémanipulation des matières contenant l’uranium 233 et explique la difficulté qui existe d’utiliser cet uranium sous forme solide.

Schéma conceptuel MSFR

Schéma conceptuel d’un MSFR : seule les fonctions sont représentées, les détails techniques n’étant pas définis, et les proportions relatives ne sont que spéculatives.

Un facteur non explicité dans la feuille de route Generation IV, mais de grande importance sociale, est la minimisation des déchets. En fait les seuls déchets qui peuvent être minimisés sont les actinides transuraniens (Np, Pu, Am, Cm, etc..). Tous les réacteurs à neutrons rapides ont une capacité plus ou moins grande à brûler ces éléments pourvu qu’on les exploite en cycle fermé c’est-à-dire avec un recyclage indéfini. Or ce recyclage indéfini est facilité avec un combustible liquide et très complexe avec un combustible solide à cause de l’émission thermique et radioactive des actinides transuraniens. Comme le MSFR est un concept très tolérant aux transuraniens, leur incinération est possible, y compris en cas d’abandon de la fission comme source énergétique. Le fait de pouvoir alors éliminer les charges ultimes des réacteurs permet de réduire significativement (facteur 10 environ) la quantité d’actinides, hors thorium, existant en fin de vie de la filière.

Un traitement du sel combustible est nécessaire pour contrôler sa teneur en éléments fertiles et fissiles et pour limiter les concentrations en produits de fission, afin de maintenir l’efficacité énergétique globale et la propreté du sel. Il est effectué de manière quasi continue sur le site par l’extraction et réinjection journalières de petits volumes de sels, et ne nécessite donc qu’une faible fraction de l’inventaire hors du réacteur. Ce traitement est actuellement prévu par des méthodes pyrochimiques en conservant la nature fluorée du combustible et en conditionnant les produits de fission sous forme métallique ou oxydes.

Simultanément, un nettoyage du sel est effectué de manière continue par bullage de gaz dans le cœur. Une majorité des Xe, Kr, He et Tritium est extraite du sel et décroît dans un stockage adapté, puis ces gaz sont recyclés. Ce bullage permet aussi d’extraire les particules de métaux insolubles dans le sel (Nb, Mo, Tc, Ru, Rh, Pd, Ag et Sn essentiellement).

La régénération en 233U dépend beaucoup des paramètres choisis pour le retraitement en ligne du sel et reste proche de l’unité. Il est toujours possible, dans le cas où une production importante d’233U est souhaitée, de mettre en place une couverture fertile avec un sel ne comprenant au départ que des fluorures de lithium et de thorium et d’où l’233U produit pendant le fonctionnement est périodiquement retiré.

Le MSFR est un système très prometteur dans la poursuite de l’utilisation de l’énergie de fission :

  • Production d’énergie à haute température
  • Opération à pression atmosphérique
  • Bonnes conditions intrinsèques de sécurité
  • Potentiel d’incinération des déchets des autres filières de fission nucléaire

Son étude demande encore un certain nombre de validations concernant :

  • L’hydraulique des sels
  • La thermique et les échangeurs de chaleur
  • La chimie et la corrosion des matériaux

Le temps est venu de préparer des démonstrations sur tous ces sujets.

En Allemagne, un réacteur nucléaire disparait

Les inventeurs du « réacteur à deux fluides » sont encore sous le choc.

Une équipe à l’Institut de Berlin de physique nucléaire (IFK) a développé une nouvelle variante dans la famille grandissante des réacteurs à sels fondus, avec un coeur qui combine un combustible liquide composé de sels fluorés avec un refroidissement au plomb. Ce concept, comme d’autres systèmes d’énergie nucléaire à combustible liquide, promet des bénéfices environnementaux considérables comme la réduction du volume et de la radiotoxicité des déchets, une utilisation durable des ressources, un rendement énergétique amélioré et une sécurité intrinsèque.  Il porte le nom anglais « Dual-Fluid Reactor (DFR) et a été présenté à la conférence de l’Agence International de l’Energie Atomique (IAEA) sur les réacteurs rapides et cycles de combustibles associés à Paris du 4 au 7 mars 2013, sous la forme d’une vidéo Youtube :

Fort de ce succès, le 31 mars 2013 les berlinois ont soumis leur proposition, en conformité avec les règles de participation, pour les « GreenTec Awards« , la plus grande compétition environnementale d’Europe.

Green Tech Awards

Les règles de la compétition étaient claires : dans chaque catégorie, deux nominés pour la finale étaient choisis par un jury, et un troisième par un vote du public en ligne. Le réacteur à deux fluides faisait partie de la catégorie « Prix de connaissances Galileo »

 

Le concept de réacteur berlinois a remporté de loin le vote en ligne pour sa catégorie le 10 mai, et le jury, composé d’environ 50 membres, s’est réuni le 4 juin afin de déterminer les gagnants de chaque catégorie parmi les nominés.

Le 7 juin l’équipe de l’IFK a été informée par courriel que leur entrée avait été exclue de la compétition et que l’équipe ne figurait plus sur la liste des candidats. Cette décision :

« …est basée sur une discussion scientifique détaillée et un examen en profondeur des aspects scientifiques, sociaux et de communication de votre proposition à la lumière des objectifs des prix. »

Au même moment, les règles de la compétition ont été modifiées pour ajouter la phrase suivante :

« La sélection finale des nominés et des gagnants se fera de manière indépendante par le Jury des Prix GreenTec. Sa décision est définitive. »

Evidemment, les réactions dans les blogs allemands et dans les médias sociaux ont été vives, non seulement les personnes qui ont soutenu ou voté pour ce concept, mais également ceux qui pensent que changer les règles en cours de route n’est pas très démocratique.

En Allemagne l’idéologie serait-elle plus importante que la technologie ?

Article inspiré par celui de Rainer Klute.

Emission France Culture

Les réacteurs à sels fondus et le thorium étaient le thème d’une émission France Culture lundi 22 avril.

Logo_France_Culture

L’émission Continent Sciences de Stéphane Déligeorges a invité Elsa Merle-Lucotte, physicienne à l’Université de Grenoble, et Jean-Louis Basdevant, professeur de physique à l’Ecole polytechnique pour parler de « Centrales au thorium et sels fondus ».

Vous pouvez écouter cette émission en cliquant ici.

Nouveau projet CLEF

L’humanité a un besoin pressant d’énormes quantités d’énergie propre pour limiter le réchauffement climatique et assurer la prospérité d’une population mondiale grandissante.

La fission nucléaire, avec la densité d’énergie extraordinaire de ses combustibles, permet de répondre à ce problème, mais le développement de la technologie actuelle atteint des limites qui sont liées à l’utilisation de combustibles solides.

Une nouvelle technologie de combustibles liquides est nécessaire pour lancer une deuxième ère de fission propre et moins chère que le charbon. La France est à la pointe du développement de ces technologies de fission liquide.

A Grenoble INP un nouveau projet structurant « CLEF » (Combustible Liquide pour une Énergie Future) a été lancé, qui permettra à 17 chercheurs de travailler ensemble sur les technologies de la fission liquide, et en particulier sur le concept du MSFR (Molten Salt Fast Reactor).

CLEF

Un document de synthèse décrivant ce projet est disponible en cliquant ici. Il s’articule autour de trois axes principaux :

  • Modélisation et simulation numérique du réacteur
  • Études des matériaux et de la chimie du sel combustible
  • Études de sûreté et de radioprotection

Les laboratoires grenoblois associés à Grenoble INP qui travailleront sur ce projet sont :

Avec un financement d’environ 200 000 Euros sur trois ans seulement, ce projet est loin des sommes nécessaires pour lancer un développement sérieux de cette technologie. Pour cela il faudrait que l’Etat français et l’Union européenne reconnaissent l’énorme potentiel de la fission liquide et lancent un projet de prototype, comme l’a fait la Chine. Mais le projet CLEF permettra de financer 3 post-doctorats et ainsi de former les personnes qui pourront porter ce concept dans le futur.

Consultation publique de la Commission européenne

Energie du Thorium a besoin de VOUS !

Logo Commission européenne

La Commission européenne entend publier une communication sur les technologies et l’innovation en matière d’énergie au premier semestre 2013. Cette communication donnera une perspective européenne de la politique énergétique en matière de technologie en continuité avec la Feuille de route énergie 2050.

Elle organise une consultation publique pour solliciter l’avis de toutes les parties prenantes, par le biais d’un questionnaire en ligne. Vous êtes invités à répondre pour le 15 mars 2013 au plus tard.

Utilisons cette opportunité pour porter à l’attention de la Commission européenne les grands avantages d’une technologie nucléaire avec combustible liquide – le Réacteur à Sels Fondus. Ce type de réacteur fonctionne à pression atmosphérique, avec un niveau de sureté impressionant et un rendement amélioré grace au fonctionnement à haute température. Il peut libérer l’énergie du thorium, cet élément fertile 3 fois plus abondant que l’uranium, en produisant moins de déchets à vies longues.

Votre action peut vraiment avoir un impact. En janvier le SNETP (Sustainable Nuclear Energy Technology Platform) a organisé une consultation publique sur la mise à jour 2013 de son Agenda Stratégique de Recherche et Innovation (ASRI). Sur 94 réponses, 85 mentionnent le thorium ou les réacteurs à sels fondus ! Ainsi innondé, le SNETP a accepté de réinsérer le thorium et les RSF dans l’agenda 2013, publié en février.

Campagne SNETP Réussie

Alors prenez 20 minutes pour encourager la Commission européenne à développer des réacteurs nucléaires innovants, en rupture avec la technologie actuelle.

Compte rendu du colloque « Le nucléaire du Futur »

La Fondation Ecologie d’Avenir a publié sur son site internet le compte rendu du colloque « Le nucléaire du Futur » du 22 novembre à Paris.

On y retrouve la présentation de Daniel Heuer : « Thorium et sels fondus », avec la vidéo et les diapositives de la présentation en format .pdf

Daniel Heuer.pngVous trouverez également ici sur energieduthorium.fr, la transcription de cette présentation. Voici quelques citations extraites de cette transcription:

 

Le cycle thorium est le seul alternative au cycle uranium

Trois avantages [du thorium] que l’on met en avant généralement :

  • Une production de transuraniens réduite
  • La régénération au spectre thermique
  • La non prolifération

Par rapport au cycle Pu […] les avantages qu’on obtient sont :

  • meilleure utilisation des ressources et
  • moins de production de déchets

Quels sont les avantages d’un combustible liquide ?

  • Tout est homogène tout le temps puisque le combustible circule en permanence
  • Vous déposez les fragments de fission dans le caloporteur […] et là, vous gagnez une réactivité du réacteur qui est très très importante 
  • Le pilotage est fait uniquement à l’extérieur grâce à cet avantage du fait que la chaleur est directement déposée dans le caloporteur.
  • Lorsque vous voulez arrêter le réacteur, vous faites écouler le combustible liquide dans d’autres réservoirs qui eux ont une géométrie telle qu’on est sur de ne jamais être critique et la puissance résiduelle est évacuée passivement, sans aucune intervention. On a deux géométries différentes – on n’est pas coincé comme à Fukushima où d’un seul coup vous n’avez plus de refroidissement […] et c’est vraiment un très très gros avantage de sûreté.
  • Vous avez la possibilité de retraiter le combustible sans arrêter le réacteur

Le MSRE […] a fonctionné à 8MW thermiques pendant 5 ans. Il n’y a pas eu de problèmes de corrosion, donc ce problème a été parfaitement résolu par les américains à cette époque là, grâce à la Hastelloy-N qui permet de manipuler ce genre de combustible sans problème.

On a pu définir un nouveau type de réacteur, […] qui a été baptisé “Molten Salt Fast Reactor”, donc le MSFR, qui a donc comme différence fondamentale par rapport au MSBR c’est qu’il n’y a plus de graphite. […] il a un certain nombre d’avantages, d’abord tous les coefficients de contre réaction sont très largement négatifs […] Et donc on a là un réacteur intrinsèquement stable, parfaitement sûr, qui n’a besoin […] ni de barres de commande ni de barres d’arrêt d’urgence : on arrête le réacteur en vidant le sel tout simplement.

Ce réacteur a été retenu par le forum international Gén. 4 en 2008

On a envisagé un réacteur incinérateur : puisque c’est un mange-tout, il peut aussi manger [les inventaires de fin de vie]

Le cycle thorium est le seul alternative au cycle uranium, donc il serait idiot de ne pas s’y intéresser

Le thorium est bien adapté au combustible liquide de type fluorure, et les fluorures trouvent tout leur potentiel dans le thorium.

Pour l’instant on travaille avec le projet Européen EVOL qui est un projet d’un million d’Euros pour dix labos européens, enfin pour 10 pays, sur 3 ans seulement. Donc c’est 300.000 Euros par an répartis entre 10 pays ça fait donc pas grande chose.

Image : Fondation Ecologie d’Avenir

Lettre au SNETP

Le « Sustainable Nuclear Energy Technology Platform » (SNETP) existe pour promouvoir la recherche, le développement et la démonstration des technologies de fission nucléaire dans l’Union Européenne.

SNETP logo.png

Le SNETP a lancé une consultation publique sur la mise à jour 2013 de son Agenda Stratégique de Recherche et Innovation (ASRI). Le projet de document est disponible sur son site internet.

Vous pouvez envoyer vos commentaires sur ce projet de document à  secretariat@snetp.eu avant le 10 janvier 2013.

Voici les miens :

De: Energie du Thorium <energieduthorium@gmail.com>
Date: 2013/1/8
Objet: Sauvegarder la recherche sur le thorium et les réacteurs à sels fondus dans l’Union Européenne
A: secretariat@snetp.eu

Madame, Monsieur,

Ayant suivi le travail du SNETP, j’étais très décu de trouver, après lecture du projet de document pour l’Agenda Stratégique de Recherche et Innovation (ASRI), qu’il diminue l’importance du cycle de combustible au thorium et des réacteurs à sels fondus (RSF). En effet, le changement du nom de ce document pour inclure le mot « Innovation » semblerait souligner le besoin grandissant d’explorer des technologies radicalement différentes.

Je vous recommande vivement de reconsidérer et de réintégrer dans l’ASRI 2013 les excellentes annexes sur les cycles de combustible au thorium et les systèmes de réacteurs à sels fondus. Je demande que l’ASRI 2013 intègre une discussion sur les réacteurs à sels fondus à neutrons thermiques ou rapides, conduisant à une recherche continue et élargie dans ce domaine et l’ajout d’au moins un concept de réacteur à sels fondus dans la feuille de route ENSII et le cadre de financement « Horizon 2020 » associé.

Étant donné que la sécurité et le combustible usé sont des priorités pour le SNETP, il est étrange que les cycles de combustible au thorium et les réacteurs à sels fondus ne reçoivent pas une attention plus importante dans l’ASRI 2013.

Les avantages potentiels des cycles de combustible au thorium étaient bien documentés dans l’annexe du SNETP. Comme le dit votre annexe, le thorium étant fertile il a toujours besoin de l’ajout de matière fissile, généralement de l’uranium hautement enrichi (UHE) ou du plutonium. Ainsi le combustible thorium, sous forme de sel fondu ou d’oxyde solide, serait un excellent moyen de réduire les stocks européens de déchets nucléaires. L’annexe SNETP reconnaît, au moment d’une demande mondiale croissante pour l’uranium, que les cycles alternatifs de combustible doivent être pris en considération. En outre le thorium, avec son point de fusion très élevé, est idéal pour les réacteurs à haute température et très haute température, qui tous deux seront essentiels à la réalisation de l’Initiative Industriel de Co-génération Nucléaire du SNETP.

Les RSF offrent des bénéfices exceptionnels en sécurité, y compris la régulation de température passive et une faible pression de fonctionnement. Le combustible liquide dans un RSF peut être transféré en toute sécurité dans les réservoirs de vidange à tout moment pendant le fonctionnement, si cela est nécessaire pour arrêter la réaction en chaîne. En outre, les sels fondus sont des liquides de refroidissement très efficaces avec une grande capacité thermique, ce qui permet une conversion thermique-électrique d’efficacité remarquable. Certains modèles de RSF comprennent un retraitement en ligne du sel qui permet l’élimination continue des produits de fission, et une consommation élevée du combustible. Associés au thorium comme combustible abondant, les RSF produiront très peu de déchets de haute activité, et presque pas de plutonium.

Pour revenir sur quelques parties spécifiques du projet de document que je trouve être de préoccupation particulière :

p10: « En ce qui concerne l’évaluation 2010 des technologies, le sodium est toujours considéré comme la technologie de référence parce qu’il bénéficie d’un retour d’expérience plus important sur la technologie et avec des réacteurs opérationnels » : Sûrement, le critère principal pour l’évaluation des technologies de réacteurs devrait être leur capacité à remplir les objectifs ambitieux du SNETP ?

p5: « La sécurité des installations nucléaires est le résultat d’un processus permanent d’amélioration » : Des améliorations de sécurité majeures peuvent également être obtenues en adoptant une nouvelle technologie de rupture.

p26: « Bien que techniquement possible, le cycle de combustible basé sur le thorium (…) n’est pas mis en œuvre à une échelle industrielle aujourd’hui dans les pays européens »: On ne l’a pas fait, donc on ne peut pas le faire ?

p29: « Une stratégie intéressante pour le long terme pourrait être l’association de technologies de réacteurs à sels fondus (RSF), à neutrons thermiques ou rapides, avec le cycle de combustible au thorium » : Le document ne semble offrir aucune justification de pourquoi cela devrait être une stratégie « long terme ».

p71 (tableau 2): Merci d’ajouter une ligne pour les réacteurs à sels fondus, qui seraient très appropriés pour les applications de chaleur industrielle.

Depuis plus de quarante ans, l’Europe a été le centre mondial de recherche et développement pour le thorium et les RSF, avec des programmes novateurs à travers l’Europe, en France, en République Tchèque, l’Allemagne, la Norvège, le Royaume-Uni et dans d’autres pays. Depuis un an l’intérêt international pour le thorium et les RSF a été réveillé. La Chine, l’Inde et le Japon ont annoncé, ou sont sur le point d’annoncer, des projets de recherche sur les réacteurs à sels fondus et au thorium. A ce moment critique et passionnant, je vous demande de confirmer la présence des chercheurs européens à la pointe de la recherche et de la commercialisation du thorium et des RSF.

Le thorium et les réacteurs à sels fondus, en complément des technologies nucléaires existantes ont un rôle clair à jouer dans un écosystème d’avenir d’énergie nucléaire. Le monde a besoin d’une industrie nucléaire européenne qui accepte des solutions innovantes en continuant à améliorer les technologies existantes. Ce n’est pas le moment pour l’Europe d’abandonner ou de reléguer la recherche sur les réacteurs à sels fondus et le thorium. Les chercheurs nucléaires en Europe ont l’opportunité d’être les leaders mondiaux dans le développement et la commercialisation d’une nouvelle technologie majeure d’énergie à faible émission de carbone, avec de grands avantages pour le monde. Nous ne devons pas laisser cette opportunité nous échapper. J’espère que vous serez d’accord pour réinsérer les réacteurs à sels fondus et le thorium dans l’ASRI 2013. Je vous remercie de votre attention.

Je vous prie Madame, Monsieur, d’agréer l’expression de mes sentiments distinguées.

John Laurie

Nota : La version originale de cette lettre a été envoyée au SNETP en anglais.