新年快乐, équipe TMSR !

C’est le Nouvel An en Chine, et l’année de la chèvre pourrait être historique pour l’équipe à Shanghai qui travaille pour développer le premier réacteur à sels fondus du monde à fonctionner depuis 1969.

Energie du Thorium a écrit à Xu Hongjie, le directeur du programme TMSR* au SINAP**, pour poser des questions sur l’avancement.

TMSR    Xu Hongjie

Lettre ouverte à Xu Hongjie, directeur du programme TMSR, SINAP

Cher Dr. Xu,

Ce courriel est pour souhaiter une très bonne année à vous et à toute l’équipe de TMSR.

Partout dans le monde, dans la communauté grandissante des réacteurs à sel fondus, il y a beaucoup de questions au sujet de ce programme passionnant :

  • Quand le premier réacteur (TMSR-SF1) est-il prévu d’atteindre la criticité ?
  • Comment progresse la construction du site du réacteur à Dafeng ?
  • Le réacteur TMSR-SF1 sera-t-il lié à un réacteur chimique pour la production de méthanol ?
  • Combien de personnes travaillent actuellement sur le programme ?
  • Quel est le budget global du programme ?
  • Y a-t-il toujours un soutien politique fort pour le programme, après la démission de Jiang Mianheng ?
  • La conception pour le premier réacteur à combustible liquide est-elle terminée ?
  • Quelle est la visibilité pour le coût du carburant, des capitaux et de l’énergie produite pour les technologies TMSR (combustibles solides et liquides) ?
  • Comment l’équipe est-elle organisée de telle sorte que les physiciens travaillent efficacement avec les chimistes ?
  • Dans le cadre du partenariat avec CNNC, quel sera le premier réacteur à être construit par la CNNC, et quand ?
  • SINAP a un partenariat avec le laboratoire ANSTO en Australie. Y a-t-il d’autres partenariats pour la R&D sur TMSR en dehors de la Chine ?

En 2015, avez-vous un plan de communication ? Comptez vous présenter les progrès de TMSR à la conférence ThEC15 à Mumbai, Inde en Octobre, ou à toute autre conférence en 2015 ?

Est-il prévu que TMSR soit présenté par la Chine comme une solution au changement climatique lors de la conférence climatique COP 21 à Paris en Décembre 2015 ?

Espérons que l’année de la chèvre apportera de grands progrès dans la technologie des réacteurs à sels fondus. Bonne chance à vous et à toute votre équipe.

Meilleures salutations,

John Laurie
http://energieduthorium.fr

En attendant la réponse de Dr. Xu, sa présentation à la conférence ThEC13 au CERN à Genève en 2013 donne des informations intéressantes pour ceux qui voudraient connaître plus sur ce programme.

UK flag Le courriel, tel qu’il a été envoyé en anglais, est ici.

(新年快乐 = Bonne année)

* TMSR = Thorium Molten Salt Reactor –> Réacteur à Sels Fondus au Thorium

** SINAP = Shanghai Institute of Applied Physics –> Institut de physique appliquée de Shanghai

Photo de Xu Hongjie : http://www.icri2014.eu/speakers/xu-hongjie

La cerise sur le gâteau

Si le thorium est si prometteur, pourquoi la France ne le fait pas ?

En novembre, le CEA a publié un article sur son site pour expliquer aux jeunes l’essentiel sur… une filière nucléaire au thorium.

Cliquez sur l'image pour l'article

Cet article entre directement dans le vif du sujet :

« le développement de réacteurs utilisant le thorium ne présente pas d’intérêt technico-économique sur le court ou le moyen terme ».

Et si c’est le CEA qui le dit, ils ont forcément raison. Donc voilà, pour tous les jeunes qui voyaient un nouvel espoir pour le climat et l’industrie nucléaire française, le débat est clos.

Mais attendez, lisons jusqu’au bout :

« LE THORIUM EST ENVIRON QUATRE FOIS PLUS ABONDANT QUE L’URANIUM »

– oui, effectivement.

« POUR AMORCER UN RÉACTEUR AU THORIUM, IL FAUT DE L’URANIUM »

– ouais, ou bien du plutonium, ou un mélange d’actinides mineurs.

« L’UTILISATION DU THORIUM REQUERRAIT DEUX FILIÈRES DISTINCTES »

– ah bon ? Attendez, qu’est-ce qu’ils disent là ?

« Le retraitement des combustibles usés au thorium … nécessite le développement … d’un procédé spécifique (procédé thorex) »

Ah oui ! mais ils parlent des combustibles SOLIDES !!! c’est ça en fait, la traduction de « sur le court ou le moyen terme ». Et il faut aller jusqu’à la dernière phrase du dernier paragraphe pour lire que :

« Le développement de réacteurs à sel fondu utilisant du thorium est étudié par le CNRS. »

Pas par le CEA ! Dommage, car c’est bien la transition de combustibles solides à des combustibles LIQUIDES qui peut amener une véritable révolution dans l’industrie nucléaire.

Cerise

Il est vrai que le thorium n’est pas une panacée. On peut très bien faire fonctionner un réacteur à sels fondus avec de l’uranium, du plutonium ou même avec les « déchets » des réacteurs actuels.

Mais il est vrai aussi que le meilleur réacteur à sels fondus qu’on peut imaginer serait bien alimenté par du thorium.

Et c’est pour ça que les deux sont souvent cités ensemble. Mais la plupart des bénéfices viennent du changement d’état du combustible : solide –> liquide. Par exemple, dans un réacteur à sels fondus les produits de fission gazeux se séparent du combustible tout seuls. Ils forment des bulles dans le sel liquide et peuvent être extraits avec un bullage d’hélium – un principe démontré par le réacteur expérimental à sels fondus en 1965. Cet avantage considérable (comme d’autres) est impossible avec un combustible solide.

En tout cas, la France bénéficie d’une politique très claire sur les réacteurs à combustible liquide :

Peut pas

…qui est illustrée par cette courte vidéo (un extrait d’une vidéo SFEN sur les réacteurs de génération IV)

Hmmm. On comprend maintenant pourquoi dans l’article du CEA on parle d’un « intérêt potentiel à très long terme ».

Bien sûr qu’un réacteur comme ASTRID serait beaucoup plus durable qu’un réacteur à eau pressurisée, mais si l’énergie produite n’est pas moins chère que celle du charbon (et le gouvernement pense que « Il n’est cependant pas acquis aujourd’hui que les objectifs fixés puissent être atteints à un coût raisonnable.« ), il sera difficile de convaincre les gens, en France et à l’étranger, de faire le saut de fossile à fissile. La Chine et le Canada ont compris les avantages des réacteurs à sels fondus. Seront-ils les futurs rois de la #FissionLiquide ?

Maquette du réacteur ASTRID sur le stand CEA du World Nuclear Exhibition, Le Bourget, octobre 2014

Maquette du réacteur ASTRID sur le stand CEA du World Nuclear Exhibition, Le Bourget, octobre 2014

Il est vrai que la France a un grand retour d’expérience avec les réacteurs à combustible solide refroidis par l’eau ou le sodium. Il est vrai que développer une nouvelle technologie, très différente de l’actuelle, est quelque chose de difficile. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas le faire.

Enlevons les oeillères – dans la quête d’une planète à l’énergie abondante et au climat stable, il faut investir dans les solutions à réel potentiel. Espérons que les jeunes seront plus ouverts à l’innovation que le CEA.

2014 – une année chaude

L’année 2014 se classe comme la plus chaude sur la Terre depuis 1880, selon deux analyses distinctes par des scientifiques de la NASA et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). 2014_températures_couleur Les dix années les plus chaudes dans les relevés instrumentaux, à l’exception de 1998, ont maintenant eu lieu depuis 2000.  Le réchauffement à long terme de la planète est une tendance qui se poursuit, selon une analyse des mesures de température de surface par des scientifiques de l’Institut Goddard de la NASA d’Etudes Spatiales (GISS) à New York. Dans une analyse indépendante des données brutes, également publiée vendredi, des scientifiques de la NOAA ont également trouvé que 2014 était l’année la plus chaude jamais enregistrée.Températures Terre

Depuis 1880, la température moyenne à la surface de la Terre s’est réchauffée d’environ 0,8 degrés Celsius, une tendance qui est largement liée à l’augmentation du dioxyde de carbone et d’autres émissions anthropiques dans l’atmosphère de la planète. La majorité de ce réchauffement s’est produite dans les trois dernières décennies.

Beaucoup de personnes seront préoccupées par la confirmation de cette tendance, mais choisiront de l’ignorer, ne voyant aucune solution viable pour y remédier.

shadok-pasdeprobleme

Mais quand on découvre qu’il est possible de faire de l’énergie nucléaire avec des combustibles liquides, avec une technologie éprouvée qui permet une production fiable, moins chère que le charbon, intrinsèquement sûre, durable et propre, on a tendance à regarder le problème du réchauffement climatique de plus près – et à partager l’avis des climatologues : le réchauffement climatique représente le plus grand problème de l’humanité au 21ème siècle.

S’il y a un problème, c’est qu’il y a des solutions.

  • Utiliser moins d’énergie, c’est bien, mais ça ne permettra pas d’atteindre zéro émissions de CO2.
  • Produire de l’énergie avec des sources renouvelables, c’est bien aussi, mais ça ne permettra pas de produire les énormes quantités d’énergie nécessaires au fonctionnement d’une société moderne et prospère.
  • Entre les deux, il faut choisir : fossile ou fissile.

Pour aller vers un système d’énergie à zéro carbone, la fission s’impose. Mais pour la faire correctement et efficacement il est nécessaire, et urgent, de changer de technologie.

Si la France veut être sérieuse avec sa transition énergétique et se positionner comme acteur incontournable dans la lutte contre le réchauffement climatique, sa politique actuelle de « veille technologique » pour les réacteurs à sels fondus est totalement inadéquate.

Martingale conçoit des centrales nucléaires produites en masse

Martingale Inc. a révélé une approche audacieuse pour résoudre les problèmes mondiaux de pauvreté, pollution, sécurité énergétique et climat. La conception du réacteur nucléaire ThorCon à combustible liquide est détaillée sur le site thorconpower.com.ThorCon

ThorCon est un système complet de modules de production d’énergie, avec entretien par échange et un combustible liquide, qui produit une énergie moins chère que le charbon. Jack Devanney, ingénieur en chef, a dirigé un projet « atelier des putois » de quatre ans qui a créé un nouveau type de centrale nucléaire, intégrant des technologies éprouvées avec des approches innovantes pour la fabrication et l’obtention de licences. La production pourrait commencer d’ici 2020. Martingale a publié sa conception pour une électricité bon marché, fiable et sans émission de CO2 sur thorconpower.com.

ThorCon est conçu par Martingale aux États-Unis, tout en ciblant des premières installations dans des pays tournés vers l’avenir, qui soutiennent une réglementation nucléaire neutre sur le plan technologique et qui voient les avantages du processus de licence par test. ThorCon ouvre la possibilité d’un approvisionnement d’énergie quasi illimité, de faible coût, fiable, et sans carbone d’ici 2020.

Nouveau réacteur à sels fondus au thorium – c’est parti !

SINAP - CNNC

La Compagnie Nucléaire Nationale Chinoise (CNNC) a signé un contrat d’ingénierie et de conception avec l’Institut de Shanghai de la Physique Appliquée (SINAP / CAS) pour le développement d’un réacteur à sels fondus avec le thorium comme combustible (TMSR), selon des informations de la CNNC relayées le 19/12/2014 par le site internet NucNet.

L’Institut réalisera des expériences sur les matériaux et fournira des dessins pour les boucles de refroidissement et les installations de traitement des déchets. Il créera également un plan de construction pour un projet de réacteur pilote de 10 mégawatts.

Le TMSR est un projet pilote majeur de science et de technologie lancé au début de 2014, la CNNC a dit.

Les énergies alternatives, avec 7PM Auto

Le site 7PM Auto a publié le 10 décembre 2014 une émission sur :

ENERGIES ALTERNATIVES ET CHUTE DU PÉTROLE : À QUOI ROULERA LA VOITURE DE DEMAIN ?

7pm-auto

Cliquez sur l’image pour voir l’émission

 

Présentée par Jean-François Rabilloud et Ali Hammami, cette émission a regroupé sur le plateau, Nicolas Meilhan (Frost & Sullivan), Véronique Saubot (Coronelli International), John Laurie (energieduthorium.fr) et Jean-Luc Ledys (SunPartner Technologies).

Dans les six dernières minutes de cette émission, John Laurie a parlé de la fission liquide, du thorium et de la voiture nucléaire.

L’émission complète est publiée sur le site 7PM Auto, ainsi qu’un extrait de 02:26 avec le titre « Décarbonons les carburants !« 

Vidéo : La Voiture Nucléaire

Vidéo

Voici une nouvelle vidéo de la présentation « La Voiture Nucléaire » :

A partager !

Nucléaire : l’impératif de l’innovation

Hugh MacDiarmid est un homme avec une mission.

L’ex PDG d’Energie Atomique du Canada Limité est maintenant président du conseil d’administration de Terrestrial Energy, l’entreprise créée fin 2012 à Ottowa pour créer et commercialiser leur technologie de Réacteur à Sels Fondus Intégral (RSFI).

Le 24 septembre 2014, il a prononcé un discours au prestigieux Club économique du Canada, avec le titre « Nucléaire : l’impératif de l’innovation ».

(vidéo sous-titrée en français)

Il est intéressant de lister quelques phrases clés de la traduction française de ce discours :

  • A Terrestrial Energy, je crois que nous avons quelque chose de spécial
  • Nous sommes confrontés à une croissance toujours plus élevée de la demande d’énergie.
  • L’innovation viendra sûrement et elle va créer une rupture.
  • Nous pensons que cet avenir pourrait arriver plus tôt que prévu.
  • Il n’y a pas assez de bonnes réponses dans la gamme existante de solutions d’approvisionnement.
  • Le réacteur à sels fondus intégral, le RSFI, pourrait être l’une des réponses à cette insuffisance de l’offre
  • C’est une opportunité formidable pour la communauté nucléaire au Canada.
  • Qu’est-ce qu’un réacteur à sels fondus et comment c’est différent ? De façon générique, c’est un système de réacteur qui utilise un combustible liquide. C’est une différence fondamentale. Tous les autres utilisent un combustible solide.
  • Il doit passer le test de la viabilité commerciale – et nous croyons que notre RSFI passe ce test.
  • La valeur en capital est largement récupérée sur la durée de vie de sept ans que nous estimons pour l’unité cœur du RSFI.
  • Nos estimations indiquent que le RSFI va démontrer un coût d’énergie sur durée de vie le plus bas de toute technologie connue, et par une certaine marge.
  • Le RSFI sera une machine beaucoup moins chère à construire et à exploiter – point.
  • Nous avons choisi le graphite comme modérateur.
  • Le RSFI répond à la définition acceptée d’un petit réacteur modulaire.
  • La consommation d’uranium par kilowatt-heure sera un sixième du nucléaire conventionnel.
  • Pour nous, le combustible nucléaire usé est une source d’énergie intéressante.
  • Le RSFI a une empreinte de déchets beaucoup plus petite, avec une durée relativement courte.
  • La température de sortie plus élevée ouvre de nombreuses nouvelles applications industrielles qui ne sont pas viables pour le nucléaire classique. Nous pensons que le marché de la chaleur industrielle pourrait devenir encore plus grand pour le RSFI que la production d’électricité.

Il est également instructif de découvrir sur le site internet de Terrestrial Energy le calibre et le niveau d’expérience de l’équipe dirigeante de cette entreprise.

Alors, qui sera le premier dans la course à la fission liquide ? La Chine ? Le Canada ? Le Royaume-Uni ? Ou un autre ? Et quand verrons-nous cette technologie en Europe ?

La Passion d’Alvin Weinberg

5.0.3

Le physicien de 59 ans était dans une sorte de panique. La terre se réchauffait de plus en plus, et personne à Washington ne semblait s’en soucier. L’énergie nucléaire – la seule façon réaliste de produire beaucoup d’électricité avec peu d’émissions de carbone – était la solution. Mais la hausse des coûts de l’énergie nucléaire et la puissance du lobby du charbon semblaient l’emporter sur les préoccupations environnementales et la rationalité elle-même.

Il a commencé à écrire des articles. Le premier a été publié dans le journal Science. Il l’a appelé « Effets globaux de la production d’énergie par l’homme. » Ensuite, il a co-écrit un article évaluant ce qui se passerait si les Etats-Unis s’éloignaient du nucléaire. « La demande soutenue pour l’énergie durant les premières décennies du siècle prochain va pousser les concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à des niveaux hautement préoccupants, même dans le cas de faible croissance de l’énergie. »

Le problème était le temps. « Avec l’effet d’inertie dans les systèmes d’approvisionnement en énergie, il est clair que les décisions prises aujourd’hui sur la question nucléaire / non nucléaire, » l’homme a écrit, « auront un impact qui se répercutera pour de nombreuses années à venir. » En d’autres termes, les générations futures dépendent des décisions sur l’énergie que nous prenons aujourd’hui.

Le physicien est allé au Capitole, à la recherche de sympathisants. « Je suis allé d’un bureau à l’autre à Washington, les courbes de l’accumulation de dioxyde de carbone dans la main, » l’homme se souvient. « Je leur ai rappelé que l’énergie nucléaire était sur le point de mourir. Il faut faire quelque chose. J’ai presque crié. »

L’année était 1974, et l’homme était le docteur Alvin Weinberg. Un vétéran du Projet Manhattan et le directeur du Laboratoire National d’Oak Ridge, Weinberg a créé le prototype d’un nouveau type de source d’énergie nucléaire, qui ne peut ni provoquer une fusion du cœur ni faire des armes.

Alors que la grande majorité des réacteurs nucléaires d’aujourd’hui sont refroidis à l’eau ordinaire, Weinberg a inventé un réacteur radicalement nouveau refroidi par des sels fondus. La perte du liquide de refroidissement était la cause des fusions du cœur à Three Mile Island et à Fukushima. En revanche, le réacteur de Weinberg ne pouvait pas subir une fusion du coeur parce que le combustible était déjà fondu et dissous dans le liquide de refroidissement à sels fondus.

Pour comprendre pourquoi l’énergie du thorium, refroidi par les sels fondus, a suscité la passion des scientifiques et des ingénieurs américains, ainsi que le gouvernement chinois, qui a récemment investi 350 millions de dollars dans un nouveau projet de sels fondus, alors vous devez comprendre la vie et l’époque d’Alvin Weinberg.

1.
Alvin Weinberg est né à Chicago en 1915 et a obtenu son doctorat en physique en 1939 de l’Université de Chicago. Son mémoire de maîtrise portait sur le spectre d’absorption infrarouge du CO2, présageant ses efforts ultérieurs pour alerter du réchauffement climatique. Au laboratoire métallurgique de l’Université de Chicago, il a côtoyé les physiciens Edward Teller, Léo Szilárd, et les lauréats du prix Nobel Arthur Compton, Eugene Wigner, et Enrico Fermi. Peu après, il a travaillé pour aider à construire la Bombe. Dans une note de 1944, il a avancé l’idée d’exploiter l’énergie nucléaire pour l’énergie civile, « … il sera peut être possible de faire fonctionner un tel système sous pression et obtenir de la vapeur à haute pression qui pourrait être utilisé pour la production d’énergie. »

En 1945, après la guerre, Weinberg est allé travailler au Laboratoire National d’Oak Ridge. Là, il a persuadé l’Amiral Hyman Rickover qu’un réacteur refroidi à l’eau fonctionnerait mieux sur les sous-marins – un exploit le mettant dans une position ambivalente, car conduisant à l’utilisation de l’eau comme liquide de refroidissement pour les réacteurs nucléaires civils. « Ainsi est né le réacteur à eau pressurisée, pas en tant que centrale commerciale, pas parce qu’il était bon marché ou intrinsèquement plus sûr que les autres réacteurs, mais plutôt parce qu’il était compact et simple et se prêtait à la propulsion navale, » écrivait-il avec mélancolie.

L’Armée de l’Air l’a alors chargé de la construction d’un avion à propulsion nucléaire. Alimenter un réacteur d’avion nécessite de la chaleur à 860°C – une température beaucoup plus élevée que les 315°C atteints par les réacteurs refroidis à l’eau. L’équipe de Weinberg a eu l’idée d’un mélange fondu de fluorures de zirconium et de sodium dans lequel ils mettaient le combustible d’uranium. Les sels de fluorure stables n’ont pas corrodé le récipient en acier inoxydable. Et comme le sel restait liquide à la pression atmosphérique, même à 1400°C, une surchauffe ne pouvait provoquer aucune libération de radioactivité.

L’expérience a fonctionné. En 1954, cette expérience de réacteur d’avion a produit 2,5 MW de puissance thermique à 860°C pendant 100 heures. On a démontré une stabilité intrinsèque de la réactivité, en ajustant automatiquement la puissance sans barres de commande, avec la variation du flux d’air de l’échangeur de chaleur. Mais à la fin il était plus logique de l’utiliser pour la production d’électricité que pour alimenter les avions (qui encore aujourd’hui sont alimentés par le kérosène).

En 1955, à l’âge de 40 ans, Weinberg est devenu le directeur d’Oak Ridge. Dès 1966, son équipe avait construit un prototype d’uranium dissous dans les sels de fluorure fondus du lithium et du béryllium, qui a fonctionné jusqu’en 1969.

Weinberg était ravi. Un tel réacteur pourrait fournir au monde une énergie sans limite et permettre de protéger l’environnement. Il pourrait créer de l’électricité pour les plus démunis et de l’eau douce à partir de l’eau salée. Et si le thorium était utilisé plutôt que de l’uranium, on ne manquerait jamais de combustible, le thorium étant abondant dans la croûte terrestre.

2.
Weinberg était plus porté sur la sécurité que ses collègues et a été consterné que des réacteurs basés sur une conception faite pour des sous-marins aient atteint une position dominante sur le marché. « Le train en marche de la chaudière a tellement de pression que tout le monde est monté dessus, pêle-mêle, » il fait remarquer plus tard.

En 1959, il a créé la revue « Nuclear Safety », et il a fait travailler une centaine de scientifiques et d’ingénieurs à Oak Ridge sur la recherche de la sécurité nucléaire. Quand les réacteurs nucléaires sont devenus plus grands, le laboratoire de Weinberg a exprimé des inquiétudes que dans un accident avec perte de refroidissement – comme ceux de Three Mile Island et Fukushima – la chaleur de désintégration résiduelle (pas une réaction en chaîne continue) pourrait ouvrir une brèche dans les trois barrières de confinement.

Au début des années 60, Weinberg et ses collègues ont mené une série de tests qui ont mis en lumière des failles de sécurité dans la conception du réacteur à eau pressurisée. Une sécurité supérieure était très importante pour Weinberg : pour lui, un réacteur à sels fondus qui utilisait du thorium comme combustible offrirait des avantages considérables par rapport aux modèles à eau légère. En tant que liquide de refroidissement, les sels fondus à pression atmosphérique résistent à des températures beaucoup plus élevées et réduisent les contraintes mécaniques sur la cuve du réacteur. En tant que combustible, le thorium ne peut pas être utilisé pour fabriquer des armes utiles ; dans un réacteur, il peut générer du nouveau combustible à l’uranium qui est consommé pour produire de l’énergie.

Les innovations de Weinberg se sont étendues au-delà des réacteurs à sels fondus. Le travail sur la sécurité à Oak Ridge a influencé la création du réacteur à lit de boulets refroidi au gaz à haute température fonctionnant à l’Université de Tsinghua en Chine. Et les nouvelles centrales nucléaires en cours de construction en Géorgie intègrent des fonctionnalités de sécurité passive. Le réservoir annulaire d’eau sur le toit d’un réacteur AP1000 de Westinghouse peut refroidir un réacteur non alimenté pendant trois jours après un arrêt. Le réacteur mPower de Babcock & Wilcox continue en refroidissement passif pendant trois jours sur batterie. Et le réacteur plus petit de NuScale, financé par le ministère américain de l’Énergie, continue indéfiniment avec un refroidissement à l’air après l’évaporation de l’eau dans son réservoir.

Mais l’obsession de Weinberg pour la sécurité a fortement déplu à certains de ses collègues. Chet Holifield, le président du Comité mixte sur l’énergie atomique de 1970 était scandalisé par les efforts combinés de Weinberg et des sénateurs Howard Baker et Edmund Muskie pour établir un laboratoire national de l’environnement à Oak Ridge. Holifield « ne voulait pas que les laboratoires nucléaires soient contaminés par le mouvement écologiste », a rappelé Weinberg. Holifield lui a dit, « Alvin, si vous êtes préoccupé par la sécurité des réacteurs, alors je pense que c’est le bon moment pour vous de quitter l’énergie nucléaire. » Weinberg a été viré peu de temps après. Six ans plus tard, la fusion du cœur de Three Mile Island est survenue.

3.
À l’automne 2013, quatre des plus grands scientifiques mondiaux du climat, parmi lesquels l’ancien scientifique de la NASA James Hansen, ont envoyé une lettre ouverte aux écologistes, demandant qu’ils inversent leur opposition à l’énergie nucléaire afin de sauver le climat. La lettre a été traitée comme une nouveauté dans les médias. Des spécialistes de l’environnement – pour l’énergie nucléaire ? Comme c’est étrange.

Et pourtant, il y avait le Dr Weinberg, l’un des scientifiques les plus respectés de l’Amérique, se faisant l’avocat de l’énergie nucléaire en faveur du climat près de 40 ans avant la lettre ouverte et une décennie et demie avant que Hansen déclare aux journalistes que ses collègues scientifiques devaient cesser leur baratin et reconnaître que les humains changeaient le climat.

Climat et énergie, pour Weinberg et beaucoup après lui, sont les deux faces d’une même médaille. Après un passage en tant que directeur de l’Office américain de recherche et de développement énergétiques en 1974, Weinberg avait réussi à fonder l’Institut pour l’analyse de l’énergie (IAE) aux Universités Associées d’Oak Ridge, soucieux de l’avenir de l’énergie. IAE a inventé le concept d’analyse du Taux de Retour Énergétique que nous utilisons aujourd’hui.

En 1976, à l’AIE Weinberg a prédit que « … la concentration atmosphérique de 375-390 ppm pourrait bien être une plage de seuil à partir duquel le changement climatique dû au CO2 sera séparable des fluctuations climatiques naturelles … Les conséquences d’une augmentation de cette ampleur de CO2 dans l’atmosphère, indiquent qu’il est prudent de procéder avec caution dans l’utilisation à grande échelle de combustibles fossiles. »

L’avis de Weinberg sur l’énergie était en contraste marqué avec les points de vue des antinucléaires qui ont fait valoir que les personnes pauvres à travers le monde ne tireraient aucun avantage d’une électricité fiable et bon marché. « Donner à la société une énergie abondante et pas chère » pour prendre la célèbre phrase du professeur de Stanford Paul Ehrlich en 1975, « équivaudrait à donner une mitrailleuse à un enfant imbécile. » Weinberg a farouchement soutenu le contraire : les sociétés à faible énergie sont beaucoup moins libres et « souffrent probablement de plus de pollution de l’air et de l’eau et des milieux urbains que les sociétés à haute énergie. » Plus, pas moins, d’énergie était au centre du bien-être.

Une nouvelle génération d’ingénieurs préoccupés par le changement climatique redécouvre Weinberg et son design. La société TerraPower de Bill Gates étudie les réacteurs à sels fondus. L’ingénieur du MIT Leslie Dewan a co-fondé Transatomic Power, qui utilise une conception de RSF. Et l’ancien employé de la NASA Kirk Sorensen a publié les documents originaux de R&D d’Oak Ridge sur l’Internet, et a fondé la société Flibe Energy.

La technologie a suscité un intérêt mondial. L’ancienne écologiste antinucléaire Baronesse Bryony Worthington a aidé à fonder la Fondation Alvin Weinberg basée à Londres, pour « re-catalyser la recherche, le développement et le déploiement des RSF déjà conçus, construits et éprouvés par Alvin Weinberg … pour lutter contre le changement climatique. » Et un article écrit par Robert Hargraves dans le journal American Scientist en 2010 a suscité le projet de développement de $ 350 000 000 de l’Académie des Sciences Chinoise, annoncé en 2012.

Avec la lettre ouverte des scientifiques du climat, avec un nombre croissant d’écologistes qui prônent l’énergie nucléaire, avec un nombre croissant de philanthropes comme Bill Gates et Paul Allen qui investissent dans la prochaine génération de nucléaire, l’altruisme qui a initialement motivé les scientifiques et les ingénieurs nucléaires revient enfin pour redéfinir l’énergie nucléaire. « Ce qui rendait Weinberg unique, » a déclaré Alexander Zucker, professeur de physique et collègue de Weinberg, « était sa profonde préoccupation pour le bien-être de l’homme. Il n’a jamais cessé d’y penser. »

 

Cet article est une traduction de l’article écrit par Robert Hargraves et publié le sur le site internet du Breakthrough Institute, le 5 février 2014. Robert Hargraves est l’auteur du livre « Thorium : energy cheaper than coal« 

Le Réacteur à Sels Fondus Simple

L’entreprise britannique Moltex Energy LLP a été créée fin 2013 pour développer un nouveau concept de réacteur à sels fondus pratique, sûr et bon marchéRSF Simple

Et derrière ce concept il se cache une histoire :

À la fin de la deuxième guerre mondiale, les États-Unis étaient dans une course à l’armement nucléaire. C’était une priorité nationale de produire non seulement les bombes, mais aussi les moyens de livrer ces bombes à leurs cibles. Les missiles balistiques intercontinentaux n’existaient pas encore, la marine américaine commençait son programme de développement de sous-marins à propulsion nucléaire, mais l’armée de l’air était bien embêtée : un bombardier alimenté par le kérosène a une autonomie plutôt limitée. Que faire ? Évidemment, il n’était pas question de laisser la marine devenir la seule force nucléaire militaire !

L’armée de l’air américaine a demandé au Laboratoire National d’Oak Ridge (ORNL) de travailler sur un concept de bombardier à propulsion nucléaire, un avion capable de rester dans l’air pendant de longues périodes de temps afin d’assurer une force de dissuasion nucléaire aérienne permanente.

C’était une idée folle. Mais les scientifiques d’ORNL voyaient plus loin. Un financement militaire permettrait de travailler sur des concepts d’énergie nucléaire avec des combustibles liquides, avec des bénéfices potentiels énormes pour l’humanité. Et donc ils ont démarré le programme « Aircraft Reactor Experiment » (ARE – expérience de réacteur pour avion).

LE RÉACTEUR QUE OAK RIDGE VOULAIT FAIRE DÈS LE DÉBUT

Un article publié dans le journal « Nuclear Science and Engineering » en 1957 explique que dans la phase de conception de ce programme :

« Le premier concept incorporait un combustible de sel de fluorure statique […] Un effort considérable a été mis dans la conception de ce réacteur, mais dans un temps relativement court la conception a encore été modifiée en raison de certains problèmes très difficiles associés avec le combustible liquide statique. La principale difficulté, qui a nécessité un changement dans la conception, a été le gradient thermique radial prohibitif dans le combustible liquide. […] En fait, afin d’obtenir des sorties de haute puissance raisonnables avec des flux de refroidissement raisonnables, la température au centre du combustible serait dangereusement proche du point d’ébullition du combustible. […] Une solution à ce problème de gradient thermique a semblé être la circulation du combustible avec un écoulement turbulent à un échangeur de chaleur, de sorte que le mécanisme pour enlever la chaleur du combustible ne dépendrait pas de la conductivité thermique du combustible. […] Par conséquence, le concept de combustible statique a été abandonné, et les travaux ont commencé sur la conception d’un réacteur de haute température avec combustible en circulation. »

En synthèse : les tubes statiques, ça ne marche pas. Il est impossible d’enlever la chaleur et ça chauffe trop. Il faut une pompe pour faire circuler le combustible liquide.

Et dès lors, tous les réacteurs à sels fondus construits (ARE, MSRE) ou imaginés (MSFR, LFTR, L-TMSR, IMSR …) ont employé un combustible liquide en circulation permanente.

Jusqu’au jour où Ian Scott, un scientifique et inventeur britannique, se penche sur la question d’une énergie nucléaire sûre et bon marché. Sans consulter la littérature, il se met à inventer des dizaines de concepts de réacteurs les plus simples possibles. Comme toujours dans ce genre de processus il y avait du bon et du mauvais, mais petit à petit un concept commence à sortir du lot – un réacteur avec un combustible liquide à sels fondus dans des tubes statiques.

TUBES STATIQUES AVEC FLUX DE CONVECTION

Convaincu par les avantages de ce concept pour simplifier le réacteur et le rendre moins cher et plus sûr, Ian Scott commence à rechercher dans la littérature, et tombe assez rapidement sur l’article des scientifiques d’ORNL. Mais il remarque que leurs calculs et conclusions sur l’échauffement du combustible dans les tubes étaient basés uniquement Convection dans tubessur l’évacuation de la chaleur par conduction.

Un fluide ne reste pas statique quand il est chauffé. La convection du liquide devait certainement contribuer à distribuer la chaleur entre le centre des tubes et les parois.

Alors pourquoi les scientifiques d’ORNL n’avaient pas calculé l’effet de la convection ? Et bien, dans les années 1950 il n’y avait pas d’ordinateurs. La science de la mécanique des fluides numérique n’existait pas. Ils n’avaient tout simplement aucun moyen pour faire ce calcul.

Ian Scott décide donc de faire appel aux services de Wilde Analysis Ltd. Un maillage avec le logiciel ANSYS et un calcul avec le logiciel FLUENT ont démontré qu’avec la conduction seule, le point d’ébullition du sel était effectivement rapidement atteint, mais qu’avec la conduction ET la convection, en fonction du diamètre des tubes la température restait tout à fait gérable.

Sels dans tubes conduction convection

Il s’est associé avec John Durham, qui est par ailleurs président de Alvin Weinberg Foundation à Londres, pour former Moltex Energy LLP, un partenariat à responsabilité limitée, dans le but de faire un développement sérieux de cette technologie au Royaume-Uni, ou à défaut d’exploiter la propriété intellectuelle. Le 11 avril 2014 une première présentation publique a eu lieu à Manchester lors d’une conférence sur l’énergie nucléaire durable de l’institut britannique des ingénieurs chimiques (IChemE).

Vous trouverez ci-dessous un extrait de la présentation de Manchester, avec la traduction française du plan de conception actuel. La prochaine étape sera un contrat avec Atkins Ltd. pour affiner cette conception et évaluer son coût.

Plan de conceptionLes travaux de Moltex Energy sont en train d’ouvrir toute une branche de la technologie de fission nucléaire qui est restée fermée pendant des décennies – celle des combustibles liquides statiques.

Comme le dit Bill Gates, un grand supporteur de l’innovation dans le nucléaire : « Dans presque tous les domaines, les logiciels de simulation changent le terrain de jeu ».

En revisitant certaines décision prises au milieu du 20eme siècle, avec les outils à notre disposition au début du 21eme, il y a certainement d’autres innovations possibles, d’autres branches à explorer, et encore plus de valeur à ajouter pour l’humanité.